Le Don Du Sens - Aurillac 2016

Don du sens live, jour 2

by rezba 0 Comments

Il pleuviote. Y’a grave d’humidité. Ça crachote un peu dans les cables, mais c’est sans souci.
Aujourd’hui, Don du Sens recevait en live trois programmateurs : Virginie Foucault, Directrice du boulon et des Turbulentes à Vieux-Condé (Nord), Eric Aubry, directeur de La Paperie à Angers (Maine et Loire), et Fred Sancerre, directeur de Derrière le Hublot, à Capdenac (Lot), et accueillait Marie Molliens, circassienne, auteure et metteure en scène de la compagnie Rasposo, pour le billet de l’artiste.

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Aurillac, jeudi 18 août 2016

Ce n’est pas facile à dire, c’est peut-être dur à entendre, mais il faut que je vous le dise : le festival de théâtre de rue d’Aurillac est un marché du spectacle vivant. Wouah, ça va mieux en le disant, non ?!
Il faut que les choses soient claires : c’est vrai que des milliers de festivaliers viennent voir des spectacles en accès libre. Mais Il faut bien qu’ils sachent que les compagnies de passage n’ont pas trouvé le cantal sur leur chemin pour faire une pause. Elles traversent la France en investissant des milliers d’euros, mais elles ne le font pas pour offrir des spectacles à des spectateurs. Et non ? Les compagnies déplacent leurs équipes et leur matériel pour rencontrer des professionnels. C’est comme cela qu’on les nomme, les « pro » ; ce qui pourrait laisser sous-entendre qu’eux, artistes de passage, ne le sont pas, « professionnels ».
Les artistes viennent augmenter leur visibilité, ils viennent montrer leur travail, parler de leur nouveau projet, chercher de la reconnaissance, du soutien, des acheteurs. Ils viennent en espérant que la rencontre ait lieu. Ils espèrent que leur proposition sera appréciée et qu’ils vendront des spectacles. Oui, la quasi-totalité des compagnies de la programmation off vient dans ce but : se faire voir pour continuer de vivre de leur art.
S’ils sont si nombreux à le faire, au moins 3000 personnes, c’est que les programmateurs sont eux aussi présents, heureusement. Les organisateurs de manifestations culturelles sont également quelques centaines à faire le voyage.
Alors ça marche !? Ils se rencontrent, ils font leurs affaires et les spectateurs peuvent en profiter ? Et tout le monde est content, non ?
Il y a des dizaines de festivals des arts de la rue  et des centaines de fêtes populaires ou urbaines. Il y a 36000 communes en France et, si tous les goûts sont dans la nature, il en est peut-être de même dans la culture.
Et pourtant, ce n’est pas si simple. Les programmateurs sont hyper sollicités. En s’organisant très bien, ils peuvent voir jusqu’à 7 ou 8 spectacles par jour, aller, disons un maximum de 40 sur le festival. Pour cela ils construisent leur programme à l’avance, ils agencent un puzzle complexe avec les horaires, les lieux et leurs priorités. Ils doivent voir les compagnies de leur région, ils souhaitent voir les équipes qu’ils apprécient, ils veulent voir des spectacles de la programmation officielle (les « in »), ils vont en découvrir d’autres que leur conseillent leurs confrères. Bref, ça laisse peut de chance aux hasards de la rencontre.
Alors, ce n’est pas facile à dire, c’est peut-être dur à entendre, mais il faut que je vous le dise : à Aurillac il y a beaucoup de concurrence, c’est un peu la jungle, pas évident de sortir du lot, surtout quand les conditions de jeu sont difficiles. La sélection culturelle s’opère. Il y en a qui resteront sur le carreau, sur le trottoir. Alors oui, heureusement que les spectateurs sont là pour rencontrer les artistes.
Aurillac devient pendant quatre jours autant la ville à la pointe de la création artistique, la ville marché du spectacle vivant, la ville parc d’attractions accueillant des milliers de personnes.
Il y a une équation triangulaire difficile sur laquelle repose pourtant l’existence et la réussite du festival Éclat : compagnies, professionnels et publics, une convergence improbable : Est-ce que les compagnies de passage, qui veulent se faire connaître des programmateurs et coproducteurs, peuvent se satisfaire de seulement rencontrer un public curieux qui vient  assouvir sa soif de spectacles vivants à moindre coût ?
Au don du sens nous nous sommes posé la question : « pour vous c’est quoi un bon spectacle de rue ». Les prises de position sont très subjectives et socialement ancrées. Dis-moi ce que tu aimes et je te dirais quel métier tu fais.
Faire des rencontres, tenter des découvertes, oser des expériences, devenir complice, tisser des relations entre partenaires, comment artistes et organisateurs pourraient faire autrement ?

 

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